Lombalgie du cycliste : comprendre et agir efficacement

Les douleurs au dos sont des maux répandus dans la population en général et touchent les sportifs en particulier, conséquences de la pratique sportive ou, plus simplement, révélatrices de pathologies plus anciennes. Dans cet article, on verra si la lombalgie du cycliste est causée par la pratique du vélo, comment elle apparaît et se développe.

Trop peu d’études se penchent sur la lombalgie du cycliste pour en mesurer la prévalence. A chaque fois, l’ensemble des cas étudiés est réduit ou l’importance des phénomènes n’est pas clairement spécifiée aboutissant à des statistiques allant de 3 à 60% de phénomènes déclarés. Tout juste citons-nous cette étude (Kuland DN. Injuries in the Bikecentennial tour. Phys SportsMed 1978; (June), 74-78.) portant sur 15% des 89 participants à un événement d’ultra distance (7 242 km en 80 jours) déclarant des douleurs au dos.

lombalgie du cycliste

Définir la lombalgie du cycliste

La lombalgie, appelée communément « mal de dos », « lumbago » ou « tour de rein », est une douleur, souvent intense, au niveau des vertèbres lombaires, situées en bas du dos. En cas de lombalgie, on peut aussi ressentir un sentiment de blocage ou des difficultés à faire certains mouvements. Dans le milieu médical, on parle de « lombalgie commune » par opposition aux « lombalgies spécifiques », qui sont liées à des maladies sous-jacentes. Tous les étages de la colonne vertébrale peuvent être douloureux.

Des auteurs (Berquist-Ullman et coll, 1977 ; Magora, 1973 ; Wilder et coll, 1988) ont mis en évidence que la position de la colonne en flexion durant les activités pouvait être responsable des lombalgies car la flexion augmenterait les pressions sur les disques intervertébraux (Nachemson, 1966).

La position du cycliste

Fonctionnellement, le bassin est la partie centrale du complexe lombo-pelvi-fémoral. Il repose sur la selle. La colonne vertébrale, en flexion, repose quant à elle sur le sacrum pour constituer l’articulation lombo-sacrée. Pour permettre cette flexion, le bassin modifie sa position pour placer le sacrum dans une position permettant à la colonne vertébrale de s’étendre correctement c’est-à-dire en respectant les trois courbures naturelles. Tout mouvement du bassin modifie ces trois courbures. Si le bassin est mal placé, des pressions se concentrent sur les parties en tension qui peuvent être lésées ce qui est la cause d’une lombalgie du cycliste.
Sur le vélo, le bassin passe en antéversion pour aboutir à une “position optimale”. L’objectif : minimiser la résistance de l’air et les effets du vent, favoriser la performance et éviter les blessures au siège.

Quelle est la position optimale sur la selle ?

En s’asseyant sur la selle, le cycliste repose la partie la plus basse du bassin, l’ischium. Une coupe sagittale montre que le corps de l’ischium est constitué, postérieurement d’une tubérosité ischiatique et d’une branche relativement uniforme, se projetant vers l’avant. 
Pour assurer une position confortable, le cycliste doit ajuster la rétroversion du bassin de manière à poser cette branche à plat au contact de la selle. Cet ajustement est délicat.

  • Si la rétroversion est trop accentuée, elle place le bassin sur la partie antérieure de l’ischium, sur le pubis avec le risque d’exercer une pression accrue sur les zones périnéales. 
  • Si la rétroversion n’est pas suffisante, elle reporte le poids du cycliste vers la tubérosité ischiatique avec une augmentation des pressions dans cette zone. 

Toute la difficulté réside dans la recherche d’un angle pelvien permettant de répartir les pressions sur toute la longueur de la branche de l’ischium. Au moins 4 études (Burke ER, 2002 ; Usabiaga J, Crespo R, Iza I, et al., 1997 ; Kyle CR, 1994 ; Heil D,.Derrick T et al., 1997) ont noté que cette posture optimale du cycliste sur le vélo était difficilement appliquée. Or, selon différentes recherches (Berquist-Ullman M et al., 1977 ; Magora A., 1973 ; Andersson GBJ, 1972 ; Wilder DG et al., 1988), il existerait une correspondance entre les lombalgies et la position de la colonne en flexion. En effet, 

  • La bascule du bassin en antéversion augmente la pression sur l’arrière des disques intervertébraux (DIV) ; le noyau est repoussé vers l’avant ce qui tend les fibres antérieures de l’anneau.
  • La bascule du bassin en rétroversion accroît la pression sur l’avant du DIV ; le noyau est repoussé vers l’arrière ce qui tend les fibres postérieures de l’anneau.

Définir la bonne distance « selle cintre »

Dans ces conditions, il convient de placer la colonne vertébrale dans une position de flexion permettant de la préserver dans ces courbures naturelles. Pour cela, il est possible de régler la distance entre l’assise et le cintre. En effet, la portée doit être suffisante pour que la colonne vertébrale puisse s’étendre en respectant les trois courbures naturelles.

C’est une option évoquée dans des travaux de recherche qui cherchent à diminuer la portée (Burke ER, 2002 ; Mellion MB, 1994 ; Bohlman JT, 1981 ; Silberman MR, Webner D, 2005) voire à l’augmenter (Sanner WH,.O’Halloran WD, 2000 ; de Vey Mestdagh K. , 1998). Il faut savoir que 

  • Si la portée est trop courte, la colonne est placée dans une position qui peut accentuer la cyphose thoracique et accentuer la lordose. 
  • Si la portée est trop longue, le cycliste accède difficilement aux poignées de frein ce qui amène le cycliste à avancer sur la selle pour raccourcir la distance. 

Prêter attention aux zones sensibles

Même si les forces prennent naissance au niveau des hanches, la colonne vertébrale contribue à la création de ces forces et compose avec les réactions. L5 est la vertèbre qui supporte les charges les plus importantes. C’est ainsi que la charnière lombo-sacrée (L5-S1) joue un rôle majeur dans le contrôle des courbures vertébrales. Plus le bassin est en antéversion, plus L5 a tendance à glisser en avant et plus les contraintes sur le disque intervertébrale sont importantes. Le tonus permanent des muscles postérieurs et de puissants ligaments postérieurs empêchent le glissement de L5. 

Lors d’une étude posturale au STUDIO 446, cette zone sensible est particulièrement observée de manière à anticiper les lombalgies voire résoudre des douleurs chroniques. 

Les mécanismes pouvant expliquer la Lombalgie du cycliste

Très peu de recherches ont permis de déterminer les mécanismes responsables du développement de la lombalgie du cycliste. 

L’hypothèse de la désactivation des extenseurs du rachis

Le maintien d’une position fléchie pourrait occasionner la désactivation des muscles érecteurs du rachis et/ou des muscles multifides. Comme les muscles se détendent, cela pourrait entraîner le déplacement de la charge vers les structures passives, ligaments et muscles profonds (Callaghan JP, Dunk NM., 2002 ; Kippers V et Parker AW, 1984 ; McGill SM et Kippers V., 1994 ; O’Sullivan P, 2006 ; Floyd WF et Silver PH., 1955), en exposant ces structures à des blessures (Kong WZ, Goel VK, Gilbertson LG, et al., 1996). La désactivation des extenseurs rachidiens est un signe de fatigue musculaire dans ce cas (Srinivasan J, 2007). 

L’hypothèse de la suractivation des extenseurs du rachis

Une autre hypothèse expliquant le développement d’une lombalgie du cycliste serait une suractivation des extenseurs vertébraux provoquant des contractures musculaires et des tensions accrues au niveau des tissus en lien avec la colonne (Weiss BD, 1985 ; Mellion MB., 1994 ; Usabiaga J, Crespo R, Iza I, et al, 1997 ; Strickland B., 1992 ; van Elegem P, 1985 ).  

L’hypothèse mécanique

Le fluage est un phénomène physique qui provoque la déformation irréversible différée (c’est-à-dire non instantanée) d’un matériau soumis à une contrainte constante, même inférieure à la limite d’élasticité du matériau, pendant une durée suffisante.

Le fluage peut se produire dans les ligaments de la colonne en raison du maintien d’une position fléchie prolongée (Burnett AF, Cornelius MW, Dankaerts W, et al., 204). Deux études portant sur l’animal viennent étayer l’hypothèse des effets négatifs du fluage sur la viscoélasticité des tissus en lien avec la colonne ainsi que les spasmes observés dans les muscles multifides (Jackson M, Solomonow M, Zhou B, et al, 2001 ; Williams M, Solomonow M, Zhou BH, et al, 2000). Une seule étude sur l’homme montre que la flexion lombaire statique entraîne une perte de tension des tissus viscoélastiques semblant indiquer des micro-dommages à ces tissus.  

L’hypothèse de la douleur ischémique

Il est établi que jusqu’à 8 ans, les disques intervertébraux d’un être humain reçoivent un approvisionnement en sang, mais, par la suite, les disques dépendent pour leur nutrition de la diffusion de fluides tissulaires (capacité à franchir les membranes) (Sheets BS,.Hochschule SH, 1990). Le mouvement de la colonne vertébrale est pensé pour faciliter ce transfert de fluide dans et hors du disque (Wong DA, Transfeldt E, 2007). La position statique étirée de la colonne restant en place peut réduire le mécanisme normal de mouvement des nutriments pour entrer dans le disque et des déchets métaboliques et ainsi, entraîner une douleur ischémique. Le chargement cyclique intermittent du disque peut, peut-être, faciliter le mouvement des fluides dans et hors du disque, réduisant ainsi la douleur.

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